The Dirty Deep

Dirty Deep ou le groupe que la France ne mérite presque pas. Notre beau pays connu pour son amour de la musique rock (si vous entendez un grincement désagréable, don't worry c'est juste ma mâchoire qui se crispe par réflexe) est pétri de groupes dont le grand public n'entendra presque jamais parler qui ont pourtant tout compris. Pas forcément à la meilleure façon de faire de l'argent et de vivre de son art mais comment vivre pour celui ci sans concessions et sans regrets, animés simplement d'un instinct de comment et pourquoi il faut faire les choses... à la force du poignet.

Dirty Deep existe depuis quelques 5 années, d'abord comme un one man band de blues rugueux puis depuis quelques temps en duo guitare batterie blues garage toujours aussi raw, bosseur,  stakhanoviste de la route et du booking sauvage.

Entre 2 concerts « sérieux » (c'est à dire avec un cachet qui leur permet de vivre), les Strasbourgeois se sont arrêtés à Grenoble pour 2 jours, contraints et forcés, mais avec l'idée de poser quelques jalons dans nos montagnes au détour de concerts improvisés avec des bouts de ficelle.

Premier arrêt, le bar de la Nat' plus connu pour ses soirées foot que pour ses concerts mais à cheval donné on ne regarde pas les chicots de trop près et quand le patron est accueillant pas besoin d'une ouverture de scène de 10 m... Installés à même le sol dans un coin du bar, 2 micros, autant d'amplis et une batterie dont on sent qu'elle va vite devenir trop grosse pour l'espace confiné du lieu.  Dès les premières notes d'hamonica, le premier grincement de slide d'un vieux goulot de bouteille sur les cordes on sent que l'espace et le temps vont se distendre pour au moins une heure. La voix est au diapason, rauque, habitée avec juste ce qu'il faut d'accent pour s'y croire. Les premiers titres défilent et quelques signes ne trompent pas... Des sourires convenus entre spectateurs, des pieds qui ne peuvent s'empêcher de s'animer seuls et l'impression que l'on a toujours connu cette musique, cette voix, cette connivence entre les 2 musiciens. Car si le guitare/voix/harmonica sent le foin de grange et la poussière de chemin, la batterie est elle dure comme le bitume et solide comme une Ford tout juste sortie d'usine. Le gus derrière son kit connait son affaire, sait comment faire groover une rythmique et faire rebondir les parties de son acolyte. C'est puissant et fin, musical au possible et diablement efficace. Les tubes se succèdent, il y a peu de temps il faut finir tôt et si le duo se permet quelques égarements c'est surtout l'efficacité qui prime, la baffe directe et sans feintes. On sent les influences du blues du delta dans la simplicité des parties, l'utilisation des accordages ouverts pour tisser quelques plans à faire tourner encore et encore. La modernité n'est pas oubliée dans la recherche de l'accroche immédiate, la volonté d'emballer un titre, de le laisser galoper librement quitte à oublier un peu le delta pour se laisser porter par la musique de ces 20 dernières années. Le mix est efficace et authentique, pas de posture ou de mystification, le groupe sait d'où il vient et où il va. L'arrivée inopinée de la maréchaussée nous prive de la fin du set mais de toutes façons la messe était dites depuis ces fameuses premières notes d'harmonica, ce premier grincement de slide d'un vieux goulot de bouteille sur des cordes...

Deuxième arrêt qui découle directement de la soirée de la veille, le skate park de la Bifurk le lendemain soir. Un plan conclu au dessus d'un verre de bière autour d'une table de bar en s'échangeant 2 numéros de téléphone et la promesse qu'on allait tout faire pour que cela se fasse.

Le deal est simple : session libre dans le bowl contre set débridé de raw blues sur une plate forme au dessus du coping. Les meilleures idées sont les plus simples et des deux côtés le marché est assez vite conclu autour d'un ollie en santiag... Le rythme lent et régulier du boogie blues de Dirty Deep se cale sur les va et vient incessants des riders au fond du bowl tandis que les coups de trucks servent d'encouragements. Le set s'étire pendant plus de deux heures, improvisations, nouveaux morceaux, échange d'instruments, tout y passe. Les 2 acolytes sont dans leur élément et la soirée se finit comme elle avait commencé autour de quelques tricks de skate et d'une bière.

Il est plus d'une heure du matin, le temps de tout ranger dans le camion et le groupe est prêt pour repartir sur une route qui les mène à St Etienne le lendemain ou encore en République Tchèque par la suite. L'esprit reste le même : poser  12 mesures d'un vieux blues au coin d'une rue, dans un vieux bar ou une salle de concert un peu plus prestigieuse. Ici ou à l'ombre d'une vieille église baptiste à Rosedale Mississipi, maintenant ou il y a presque un siècle le refrain est toujours le même :

 

« I went down to the crossroads

fell down on my knees

I went down to the crossroads

fell down on my knees.... »

 

Dernière modification lemercredi, 13 mai 2015 16:33
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