Piers Faccini@La Source

Rendez vous était pris en ce jeudi 16 mars à la Source de Fontaine pour un concert folk ouvert sur le monde, la diversité culturelle et l’éclectisme musical avec  Faik et Piers Faccini. La salle a mis un peu de temps à se remplir mais  au final c’est devant un public venu en nombre que les 2 artistes rentrent sur scène pour entamer un voyage qui va nous entraîner vers les rivages méditerranéens de la Turquie, de la Sicile et du Maghreb…

Faik tout d’abord est presque un habitué de la salle de Fontaine ayant déjà œuvré précédemment pour la soirée d’ouverture de la saison culturelle du susdit lieu. Après une expérience rock-pop bien plus électrique avec son précédent groupe fake oddity, l’artiste d’origine turco-kosovar présente ce soir son  projet en duo avec une violoncelliste pour des compositions dépouillées piochant dans la tradition de la folk américaine mais également dans quelques réminiscences orientales qu’il sait distiller avec parcimonie. L’alliance avec  le violoncelle permet une richesse mélodique un peu plus soutenue, la voix de Faik est chaude et se permet quelques envolées. Le garçon sait également alterner les ambiances et les thèmes pour passer de romances convenues et bien troussées à des titres plus personnels parlant de l’exil ou de la recherche identitaire. Avec peu le duo a fait beaucoup embarquant avec lui le public par sa simplicité, sa franchise et son énergie positive communicative.

Piers Faccini est un routard, il tourne sans cesse, toujours dans des formules originales, des lieux inattendus, proposant à chaque fois plus une expérience inattendue qu’un simple concert. Après être passé par une performance en pleine Chartreuse dans une chapelle isolée, un récital envoutant et habité dans la grande salle de la MC2 avec Vincent Segal, l’italo-britannique revient cette fois-ci presque dans un format plus conventionnel avec un groupe et des instruments électriques. C’était sans compter sur son dernier album « I dreamed an island » où il choisit de revisiter la culture méditerranéenne au sens large par le prisme du creuset multi culturel qu’était la Sicile au XIII°s . En trio avec ses 2 musiciens Simone Prattico à la batterie et Malik Ziad au guembri et à la mandole, il réalise le tour de force d’interpréter des compositions originales ou chants traditionnels du sud de l’Italie ou du Maghreb comme si l’ensemble ne formait qu’un tout uniforme et personnel. Les thèmes renvoient à des considérations séculaires mais toujours autant d’actualité : la rencontre entre les cultures qui dressent parfois des murs infranchissables entre les hommes que ceux-ci n'ont de cesse d'essayer de les abattre (« Bring down the wall ») ; le souvenir d’une ancêtre sicilienne qui va au marché acheter quelques fruits (« Judith ») ou encore d'une ancienne sérénade à chanter sous le balcon de sa bien aimée lors d'une chaude nuit étoilée. La voix pure et douce du chanteur passe avec aisance d’une langue à une autre (anglais, français, italien, berbère, sicilien) tout en ajoutant par touches quelques inflections arabo-andalouses sans tomber pour autant dans la caricature ou le cliché.  La scénographie astucieuse transforme des lampes posées à terre ou suspendues en moucharabie scintillants et évocateurs ajoutant encore une touche de poésie sensible et discrète.

Piers Faccini reste un artiste unique en concert.  Ses influences, sa volonté farouche de ne pas se répéter, de toujours proposer quelque chose de nouveau pour lui et le public mais surtout son talent, sa formidable sensibilité et sa vision si personnelle, font de chacune de ses apparitions des moments uniques  et rares à ne jamais manquer ! Ce fut le cas ce soir à Fontaine, ce sera à nouveau le cas lors de sa prochaine venue qu'il ne faudra à nouveau pas rater sous peine de passer à côté d'un moment unique.

En savoir plus...

J'AI BOUFFÉ DANS LA CUISINE DE L'ENFER

Marre et archimarre des clichés sur la Suisse qui occultent tous les talents que l'on peut rencontrer dans ce pays. 

 

Banque, chocolat, fromage, coucou… Bordel, on a rien d'autre à foutre. Si notre historique jalousie pécuniaire franchouillarde ne nous empoisonnait pas la vie, on prendrait sérieusement du bon temps a aller voir du côté des Suisses. Mais voilà. Ils sont riches, nous sommes pauvres. Enculés.

Pourquoi donc les seuls qui ont pu réellement traverser la frontière sont Stephane Eicher et les Young Gods ? On a un sérieux problème en France. P'tête qui faut qu'on aille consulter.

Si vous aviez été a la soirée vernissage du dernier album des Hell's Kitchen à l'Usine à Genève, vous auriez été guéri. A jamais. Déjà, l'Usine abat de deux balles de chevrotine tous les clichés que l'on peut avoir sur la Suisse. Sincèrement allez-y voir.

A la base, grand fan de blues, les Hell's Kitchen ont vite été déçu de ce que les blancs avaient pu en faire. Le travail de "déclaptonisation" du blues entamé dés les débuts du groupe me plait toujours autant. Et si leur première démo, empruntait allègrement à Robert Johnson ou Skip James, ils ont en quatre albums imposé un son qui ne tient qu'à eux. 

J'ai même envie de dire que Hell's Kitchen n'est absolument pas un groupe de blues. Quand ils ont rencontré le diable au croisement des routes entre Thonex et Puplinge, qui leur proposait de savoir jouer la musique en échange de leurs âmes, ils lui ont fait un gros doigt qui n'était pas mineur.

Le diable est blanc tout comme Dieu est noir.

Mais pourquoi je parle de ça. Il n'est absolument pas question de ce genre de choses dans leurs albums. 

C'est entourés de fidèles amis, tel Sartain (l'un des meilleur ingénieur du son que ce monde est connu, parti beaucoup trop tôt), tel ce mystérieux TVO présent sur tous les disques, ou encore de David Weber, ami de longue date ; qu'ils enregistrent dans leurs cuisines, abreuvés de bons vins, de bonnes bouffes et de Williamine.

Si vous êtes des gens modernes, geeks abreuvés par Deezer, quatre albums vont sûrement vous faire peur. Mais je vous assure. Il n'y a absolument rien à jeter sur ces quatre disques.

Ecoutez "Gige" sur The Big Meal, le premier. Ou encore "My House" ou "Lumfo", sur Doctor's Oven. Ce deuxième album où le mixage du génie Sartain est une épopée en huit volumes. Mr Fresh sorti en 2009 a eu du mal à prendre sa place tellement nous n'étions pas encore rassasiés de Doctor's Oven. Pourtant, au hasard, une balade comme "Flowers" prouve sans ambiguité que cet album est important.

Bam ! Dress To Dig en 2011 co-produit par Rodolphe Burger, avec son tube "Teachers" qu'évidemment aucune radio n'a passé pour cause de quoi vous savez.

Et enfin, ce nouveau disque Red Hot Land. Encore une étape franchie avec justesse, où on les sent détendu, où chacun a parfaitement trouvé sa place dans ce trio. 

A l'écoute, on veut chanter, danser, taper du pied et finir cette bonne vieille bouteille de rhum. Créateurs reconnu de pure single, on pense écouter la perle avec "Since I was a Child" et puis c'est "I Wanna Be The One" qui prend le dessus, et ensuite "Hey Ho Chica" qu'on écoute amusé. 

Et même si le vieux rabat-joie que je suis peut être déçu par le côté plus brut, plus acoustique de la production quand on a adoré la déflagration sonore auquel ils nous avaient habitué, ce nouvel album est un peu comme le vin naturel ; le goût est étrange au début mais l'ivresse est bien plus agréable et la gueule de bois inexistante. 

 

Bon, si vous ne me croyez pas, vous pouvez aller vérifier tout cela à La Source à Fontaine. C'est le 15 novembre 2014 aux alentour de 21 heures. 

http://lasource-fontaine.eu/joy-hells-kitchen/8907/

http://www.youtube.com/watch?v=Y3VN9areJZE#t=16

https://moijconnais.bandcamp.com/album/mjcr028-red-hot-land

http://darksite.ch/hells-kitchen/wp/ 

En savoir plus...

BD-Concert Au Vent Mauvais@La Source

BD-Concert Au Vent Mauvais

BD-Concert, kezako ? Je pense que nous nous sommes tous posés la question lorsque la Source nous a envoyé sa programmation. Habitués des cinés concerts, habitué des concerts, habitués de la lecture de BD que pouvez donc cacher cet OVNI de BD-Concert ?

Tout d'abord, comme pour un ciné concert, il faut un visuel, celui ci est proposé par le duo Murat/Rascal et leur BD €œAu vent Mauvais € sortie chez Futuropolis il y a déjà  un an. L'histoire d'un road movie, l'histoire de cet homme qui sort de prison après sept ans derrière les barreaux, un vent qui le conduira jusqu'en Italie, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus. Il faut ensuite trouver un groupe assez fou pour se lancer dans l'aventure. Ce groupe nous l'avons déjà  interviewé à  la Source, il s'agit de The Hyenes. Un peu de travail, un montage vidéo de type diaporama avec au contraire d'un dessin animé, une animation, des décors, un mouvement de lecture et vous avez un support visuel. Comme cela semble simple. Ensuite vous projetez ce montage dans une salle de répétition avec The Hyenes et enfermés quelque temps ils composent une bande son. Vous avez ainsi la recette d'un BD-Concert.

Mais dans les faits cela donne quoi ? Dans la grande salle de la Source, sur la scène le groupe s'est agrandi avec en plus des quatre membres de The Hyenes, un violon et un harmonica (et quel harmonica!)! Ceux qui connaissent The Hyenes peuvent oublier ce qu'ils savent, pensent, seuls les musiciens sont les mêmes, pas le genre musical. On a ici, en direct, une composition originale sans prompteur de type Time Code, ils jouent en regardant l'écran et même si tout est écrit, quelques improvisations, donnent à  chaque représentation un moment unique. Le concert commence sur la première planche de la BD et la sortie de prison de cet homme, ils n'arrêteront de jouer qu'une heure après, au bout de l'histoire, au bout de la route. Loin du mode Guitare/Basse/Batterie, l'ajout du violon et de cet harmonica donne un effet parfaitement rock et blues parfois qui donne une vision assez différente de celle que l'on peut avoir en lisant la BD uniquement. Thierry Murat nous la fait lire avec ses yeux, nous la lisons ensemble et nous partageons l'idée que Thierry Murat avait en la dessinant : une histoire résolument Rock !

Ne passez pas à  côté de ce moment unique !

En savoir plus...
S'abonner à ce flux RSS