Blues Pills@Epicerie Moderne

Blues Pills, Blues Pills, Blues Pills, Blues Pills. Bon sang bientôt 2 ans déjà  que ce nom ne cesse d’apparaitre régulièrement sur les réseaux sociaux, dans des discussions avec des personnes de confiance ou sur des affiches de concerts à venir. Bientôt 2 ans que la rumeur enfle,  accompagnée de son lot de légendes et autres chimères propres au monde du rock’n roll: la chanteuse n’est pas capable de gérer sa voix et annule prestations sur prestations comme une diva, le groupe n’est qu’une habile récupération du revival 70’s qui touche la scène depuis quelques temps à coup de liquettes en velours et autres breloques ésotériques de foire ou les musiciens portent tous des perruques pour coller au genre (ha non pardon autant pour moi je croyais que l’on parlait de Steel panther…). En résumé et pour être clair : tout pour l’image et la hype rien dans le ventre. Les aprioris sont tenaces retardant pour ma part d’autant plus les premières écoutes de leurs  2 premières galettes voire même la simple idée d’aller voir ce que ça donne sur scène. Dans un contexte pareil on comprend que c’est avec une certaine réserve voir même un retard certain que je m’étais finalement décidé à me rendre jusqu’à Feyzin un lundi soir pour me faire mon propre avis histoire de ne plus être uniquement tributaire de cette satanée rumeur persistante et rarement de bon conseil. Et autant le dire tout de suite c’était une putain de bonne idée de s’être bougé les fesses ce soir là. 

Dire que la chanteuse de Blues Pills est au centre de l’attention serait en dessous de la réalité tant le terme front woman semble ici parfaitement lui convenir. La scène lui est aux 2/3 dédiée et pour les autres musiciens ce sera derrière s’il vous plait tout le monde se pousse. En même temps vu l’ouverture de la scène de l’Epicerie Moderne on n’en est pas encore à se battre au coude à coude sur le plateau mais pour le coup on sait qui sera sur les photos ce soir. D’ailleurs on ne se trompe pas trop, dès le début du set Elin Larsson est omni présente : sa combinaison tellement vintage, sa blondeur tellement Krispolls, ses petits pas de danse tellement pocahantesque, son sourire tellement … Bon ok on a compris ça change du poil, de la sueur et du classique combo treillis tee shirt noir et pour le coup ça fait du bien (pour les fans de Max Cavalera essayez vous allez rentrer dans une dimension parallèle…). Mais plus que son allure c’est par sa voix et son attitude sur scène que la demoiselle conquiert les coeurs. Son chant est un vrai régal : soul, énergique, maîtrisée et sans faux pas pendant une heure et demie rien que pour ça le groupe est déjà une tête au dessus des autres. La demoiselle est de plus à l’aise sur scène, au contact du public, habitée par sa musique et en osmose avec ses partenaires de jeu qui de leur côté restent discrets mais efficaces en commençant par la section rythmique. Bien efficace et carrée avec un batteur qui donne une vraie assise à l'ensemble et un bassiste qui, derrière un rideau de cheveux à la Geezer Butler, est groovy à souhait amenant une rondeur bienvenue au jeu sec de son acolyte. C'est précis et racé, certains diront que ça manque de folie, mais avec une telle base difficile de ne pas se laisser porter d'autant que le son est particulièrement bon. Assez vite on se rend compte également que l'autre star du groupe est le petit frenchie de la bande derrière sa sg et son air de communiant. Assurant le plus gros de la guitare pendant que son comparse fait surtout de l'habillage, Dorian Soriaux est un peu l'ovni de ce groupe. Recruté à 16 ans dans sa Bretagne natale, le jeunot impressionne par son jeu et son professionalisme. Rien qui dépasse, pas de pirouettes guitaristiques m'as tu vu ou d'esbrouffe à la petite semaine dans le jeu de scène, juste de la guitare et un vrai talent musical. Discret jusqu'à l'effacement, l'impact qu'il a sur le groupe l'air de rien est un contre-point original au rayonnement de la chanteuse.

La set list joue habilement entre les tubes du groupe issu de leurs 2 albums et des moments plus bruts ou le côté blues et prog prend le dessus (« Ain't no change » « Little boy preacher »). Quelques petites respirations comme ce « I felt  a change » au piano électrique donne l'occasion d'entendre les racines soul 70's du groupe dont le dernier album laissait présager l'influence . La reprise du « Somebody to Love » de Jefferson Air Plane met en avant la capacité du groupe à imprimer sa patte personnelle sur un titre ultra connu. Au delà de la voix de sa chanteuse, le combo montre  qu'il assoit sa musique sur des références solides avec lesquelles il sait jouer pour faire du Blues Pills avant toute chose.

Après une bonne heure et demie le concert s'achève et c'est un public pleinement satisfait qui quitte l'Epicerie Moderne. La rumeur avait dit vrai, la hype n’était pas juste une traitresse aux yeux de biche, internet n'avait pas juste monté en épingle une pauvre chose inconsistante... Blues Pills a été à la hauteur de sa réputation et de quelle façon ! Alleluia à nouveau à la musique qui se joue en live, celle qui se ressent au fond du ventre, celle qui fait appel à tous les sens, celle qui bien longtemps après que les amplis aient été rangé et que le groupe soit parti laisse encore des images persistante sur nos rétines et un léger bourdonnement à nos oreilles consentantes.  

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